MARIANNE MISPELAËRE

ACTUALITÉS

LET YOUR ( ) DO THE TALKING. eyes, knee, whatever
exposition collective
commissariat : Luisa Schlotterbeck, Monty Richthofen & Maurice Funken
NAK ; Aix-la-chapelle /DE
11 sept. > 30 oct.

FRAGMENT FRAGMENT
exposition collective
commissariat collectif
GEDOK & LAGUNE offspace ; Stuttgart /DE
7 > 29 oct.

RE-RETOUR DE BABEL
exposition collective
commissariat : Luisa Bevilacqua, Justine Blau, Andrés Lejonas
Galeries Nei Liicht & Dominique Lang ; Dudelange /LU
17 sept. > 11 déc.

CO-HABITER LES LANGUES
par Virginie Bobin
texte critique à la propos de la commande Nouveaux commanditaires
2022

ÉCRIRE DEDANS SA LANGUE DE MARIANNE MISPELAËRE OU LES FORMES DU CÔTOIEMENT
par Géraldine Gourbe
texte critique à la propos de la commande Nouveaux commanditaires
2022

À VENIR

COMME DE LONGS ÉCHOS QUI DE LOIN SE CONFONDENT
exposition collective
commissariat : Sophie Warlop, Hanna Alkema, Richard Schotte, Jean Ficheux
LAAC ; Dunkerque
20 nov. 22 > 08 mai 23

L’ALTÉRITÉ À L'OEUVRE
colloque organisée par le PREAC art contemporain
Les Champs Libres, Rennes
24 nov.


PUBLICATIONS / éditions ; catalogues ; revues

ENTRE ASSIGNATION ET POÏÉTIQUE GESTUELLE : CONFRONTATION DES PATTERNS AUX RYTHMES VITAUX
texte : Anne-Cécile Lenoël / Murielle Navarro ___revue Astasa. éd Université Bordeaux Montaigne, 2022
français

MONSTRUOSA ÉDITION
magazine n°39, 2022
français

ON EASTERFUTURISM
texte : Sonia Voss ___revue Kajet #05 (Roumanie), 2022
english

LES LANGUES SONT DES OBJETS MIGRATEURS
entretien avec Sophie Kaplan ___revue Lili, la rozell et le marimba, éd. La Criée (Rennes), 2022
français

LE PHOTOTEXTE ENGAGÉ, UNE CULTURE VISUELLE DU MILITANTISME AU 20ÈME SIÈCLE
texte : Charlotte Foucher Zarmanian & Magali Nachtergael ___Presses du Réel, Paris, 2021
français

RÉGULER LES CONFLITS ET SORTIR DE LA VIOLENCE
revue des Sciences Sociales. éd. Université de Strasbourg, 2021
français

VU·E·S D’ENSEMBLE
revue FemmesPHOTOgraphes n°9, 2020
français

| ET MAINTENANT |
journal de l’événement éponyme. Frac Lorraine, 2020
français

MONUMENT ET CONTRE-MONUMENT. D'UNE ÉPOQUE À L'AUTRE
texte : Anne Bernou ___in "À rebrousse-temps", catalogue de l’exposition éponyme. éd. musée Camille Claudel (Paris), 2019
français

DE LEUR TEMPS (6). COLLECTIONNER AU XXIè siècle
catalogue de l’exposition éponyme, 2019
français

SOME OF US
catalogue de l’exposition éponyme, 2019
français | deutsch

PRIX AWARE
texte : Hélène Guenin ___catalogue du prix éponyme, 2018
français | english

PRIX LEAP
texte : Hélène Guenin ___catalogue du prix éponyme. éd. Les Rotondes (Luxembourg), 2018
français | english

62ème SALON DE MONTROUGE
texte : Emmanuelle Lequeux ___catalogue du Salon de montrouge, 2017
français | english

JET LAG / OUT OF SYNC.
catalogue de l’exposition éponyme, 2017
français

BIENNALE DE LA JEUNE CRÉATION EUROPÉENNE
catalogue de l’événement éponyme, 2017
français

KUNSTPREIS ROBERT SCHUMAN
texte : Élodie Stroecken ___catalogue du prix Robert Schuman, 2015
français
| deutsch

SILENCES COMPRIS
texte : Stéphane Le Mercier ___catalogue de l'exposition "Übersetzen", 2012
français

LA PART MANQUANTE
catalogue de l’exposition éponyme, 2011
français


    Le travail de Marianne Mispelaëre œuvre sur un territoire sensible en déployant des gestes éphémères ou des échanges oraux qui s’incarnent dans le simple tracé de lignes, l’éloquence silencieuse des signes que nous produisons et la disparition de formes conventionnelles de langage. Son univers ne fait pas sécession avec le monde. Il en explore une voie marginale : celle qui consiste à s’éloigner du flux continu de mots vidés de leur contexte, désincarnés des histoires singulières pour revenir à des formes de langage essentielles et pourtant fragiles.
    Marianne Mispelaëre observe l’agitation du monde, ses moments de soulèvement, comme dans la série Silent Slogan (2016-en cours), collecte de gestes entamée sur Internet et témoignant de rassemblements spontanés advenus depuis 2010, du Printemps arabe à Nuit debout. Véritable encyclopédie visuelle, la série de cartes postales rassemble des tentatives anonymes de communiquer l’ici et maintenant de l’action au monde entier à travers des mouvements de mains banals et impulsifs. Il reste aujourd’hui, de ces espoirs déçus, la polyphonie de messages silencieux qui ont préféré alors, aux commentaires chaotiques des médias, l’immédiateté d’une expression à vocation universelle et directe. «Le “Printemps Arabe” me raconte avec ferveur le deuil impossible d’une certaine conception de l’humanité libre [1]» précise Marianne Mispelaëre. «Expliquer le réel n’a pas forcément de réalité. L’écriture de l’Histoire doit porter des traces qui ne se donnent pas l’immédiateté des méthodes ni l’accréditation des sources [2]. » Silent Slogan dit aussi l’impossibilité de cette Babel visuelle, car les gestes, sortis de leur contexte, de leur culture, prennent une multiplicité d’interprétations. Reste la fulgurance d’une histoire en train de s’écrire.
    Silence aussi de ces mains qui refusent de communiquer, de livrer leur identité, avec No Man’s Land (2014-en cours), performance consistant à strier systématiquement de stylo-bille la paume de la main et l’extrémité des doigts avant de reporter ces traces sur une feuille de papier. La main, véritable carte visuelle de l’existence avec sa paume, trace intime de notre singularité avec ses empreintes digitales, est ici recouverte comme pour nier l’identité. Cette action est inspirée d’une image glanée dans le documentaire Qu’ils reposent en révolte (2010) de Sylvain George, consacré à Calais, à ces hommes qui scarifient leurs mains dans un ultime geste d’effacement des racines et de leur histoire.
    Si l’espérance de vie peut se lire au creux de la main, l’existence ici devient confuse, dans cette cacophonie de lignes entremêlées, comme autant de destins.
    Parfois la ligne devient sillon, le corps un étalon à l’aune duquel se jauge l’espace, comme dans Mesurer les actes (2011-en cours). Élaboré au cours de performances, ce dessin mural montre des lignes parallèles et verticales qui se frôlent et varient en densité dans une gamme de gris et de noirs, sans arrêt ni reprise depuis le point le plus haut que l’artiste puisse atteindre. Le dessin se poursuit jusqu’à épuisement de l’encre, de l’espace ou jusqu’au sien propre. La ligne – à la fois trajectoire et processus – devient un véritable sismographe du corps.
    Dans ce va-et-vient permanent entre relecture anthropomorphique du dessin et anthropologie des gestes, entre intime et collectif, Marianne Mispelaëre poursuit sa quête d’une forme de primitivisme ou de quintessence des mouvements. Si son travail exprime la difficulté d’énoncer ou d’être entendu·e dans le bruit assourdissant du monde, il affirme, au fil des projets, la persistance d’élans vitaux, de formes de résistance, de signes essentiels.

    Hélène Guenin, directrice du Musée d’art moderne et d’art contemporain (Nice, France)
    Ce texte a été écrit et publié à l'occasion de la nomination de Marianne Mispelaëre au Prix AWARE 2018.
    [1]. Marianne Mispelaëre, « Printemps Arabe », 2014. Ce texte a été écrit lorsque l'article travaillait sur la série « Newspaper ».
    [2]. Ibidem.